Pourquoi dit-on d’un pain perdu qu’il est perdu ?
Il en existe des noms étranges dans le lexique culinaire français, le pain perdu n'y fait pas exception. C'est vrai, pourquoi dire d’un pain qu’il est perdu ?
Un œuf, du lait, un peu de sucre vanillé… Il ne vous reste plus qu’à y plonger votre pain rassis ou votre brioche vieille de quelques jours, de poêler le tout et l’affaire est jouée ! Vous l’aurez reconnue, la recette du pain perdu est on ne peut plus simple et bien pratique pour les gourmands à petits budgets. En revanche, son nom est bien étrange…
Peu chère et idéale pour consommer du pain rassis, la préparation est très souvent utilisée chez les classes populaires au fil des siècles. Elle leur permet de ne pas jeter de la nourriture par souci économique ou par connotation religieuse. La recette, telle que nous la connaissons aujourd’hui, apparaît seulement à partir du XVIIe siècle. Jusque-là plat de pauvre, le pain perdu est de plus en plus apprécié chez les aristocrates et devient même un des mets favoris de Henri IV.
C’est cet engouement qui permet à la recette de s’exporter partout dans le monde, notamment au Canada et aux États-Unis où les colons irlandais s’exilent après la Grande Famine. Ce sont d’ailleurs eux qui lui donnent le nom de « french toast ». Attention, rien avoir avec une reconnaissance des prouesses culinaires françaises car « to french » signifie en vieil irlandais « trancher ». Le nom a depuis perduré car la référence française donnait un air raffiné au dessert (et permettait ainsi d’augmenter son prix de vente).
Quant au « pain perdu » français, il existe deux explications possibles. La première viendrait tout simplement du fait que la recette permettait de ne pas jeter de pain et ainsi de ne pas le perdre. La seconde explication tiendrait au fait que l’on en mangeait le premier lundi après l’Épiphanie, un jour de congé « perdu ». En Flandre, on parle de « gewonnen brood » soit « pain gagné » … puisqu’il n’est pas perdu !