On l’appelle maroilles ou marolles du nom du village où il est né, dans la région de la Thiérache, au nord-est de l’Aisne.
Ça vient du gaulois Maro Lalo qui signifie « grande clairière ».
Le maroilles, c’est un fromage historique. Tout a commencé à l’abbaye de Landrécies plus connue sous le nom d’abbaye de Maroilles. Dès le VIIème siècle, un moine y fabrique un fromage doux qu’on apprécie à la ronde et dont bientôt s’installe la gourmande réputation : le craquegnon, du nom du moine bénédictin qui mit la recette au point. Mais le fromage se dégustait alors blanc et frais.
En effet, il fallut attendre encore deux cents ans pour qu’en certain Enguerrand, évêque de Cambrai, décidât d’entreprendre l’affinage du fromage initial jusqu’à ce qu’il lui semblât parfait et qu’il le rebaptisât de ce nom théâtral : la « Merveille de Maroilles ».
L’abbaye était puissante et sut s’y prendre de telle sorte qu’on ouvrît les portes du Palais Royal au fromage monacal.
C’est ainsi que sa saveur prégnante fit les délices de nombreux rois : l’Auguste Philippe II, Louis IX le Saint, Charles VI, Louis XI, François 1er. Il suscita aussi l’émoi chez l’ennemi juré de ce dernier, autrement dit Charles-Quint, héritier des Habsbourg.
Ennemis de toujours, pendant plus de trente ans les deux hommes combattirent l’un contre l’autre avec acharnement. Mais le meilleur arrivant toujours après le pire, en 1529, à Cambrai, ils firent enfin la paix.
L’Histoire ne dit pas si ce raccommodage après tant d’années de combats se fit par la grâce du fromage… Mais rien n’interdit de le penser !
D’ailleurs, Jean Gosselet, abbé de Maroilles, se servait du fromage septentrional pour annoncer son arrivée — du moins à ce qu’il paraît — auprès de cet empereur germanique tout-puissant, également roi d’Espagne et de Sicile.
Sans même attendre qu’on l’invite ! Ne voilà-t-il pas une belle carte de visite ? Un fromage odorant en guise de viatique…
On dit aussi qu’Henri IV le béarnais, qu’on savait déjà amateur d’ail, en achetait à Bercy à un marchand du quai pour en faire goulûment ripaille.
Et l’on raconte encore que Turenne, bien que n’étant pas indigène — quoique natif des proches Ardennes — s’en gavait sans égard pour son haleine.
Quant à Fénelon — il est vrai archevêque de Cambrai, donc forcément instruit de cette production — c’est un fromage qu’il vénérait.